
À l’occasion de la Journée nationale du Génocost, qui sera célébrée ce dimanche 2 août 2026, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a renouvelé son appel en faveur de la justice pour les millions de victimes des conflits en République démocratique du Congo. Il a également exhorté les autorités à abandonner tout projet de révision de la Constitution, estimant qu’une telle initiative risquerait d’aggraver les tensions politiques et sécuritaires dans le pays.
À la veille de cette journée de commémoration, le gynécologue congolais et lauréat du prix Nobel de la paix a publié une déclaration dans laquelle il rend hommage aux « millions de femmes, d’hommes et d’enfants » victimes directes et indirectes des conflits qui frappent la République démocratique du Congo depuis près de trois décennies. Il a également exprimé sa solidarité envers les survivants, les personnes déplacées, les victimes de violences sexuelles ainsi que les familles endeuillées.
Pour Denis Mukwege, l’institution de la Journée nationale du Génocost constitue une étape importante dans le devoir de mémoire. Toutefois, il estime que cette reconnaissance ne produira pleinement ses effets que si elle s’accompagne d’une véritable volonté politique de lutter contre l’impunité et de s’attaquer aux causes profondes des violences.
« La reconnaissance du Génocost ne prendra tout son sens que si elle s’accompagne d’une volonté politique de mettre fin aux causes profondes du conflit et de garantir aux victimes la justice, la vérité, les réparations et les garanties de non-répétition », souligne-t-il.
Dans sa déclaration, Denis Mukwege rappelle que les populations de l’est du pays continuent de subir massacres, déplacements forcés, violences sexuelles, enrôlement d’enfants, exécutions sommaires et pillage des ressources naturelles dans un contexte marqué, selon lui, par une impunité persistante. Il évoque notamment les attaques attribuées aux rebelles des ADF dans les territoires de Beni et de Mambasa.
Le Prix Nobel affirme également que plusieurs rapports des Nations unies, d’organisations internationales et de la société civile établissent un lien entre les conflits armés, l’exploitation illicite des ressources naturelles et l’implication d’acteurs étrangers. Il estime toutefois que les responsabilités sont aussi internes, citant la corruption, le bradage des ressources nationales, l’affaiblissement des institutions ainsi que l’absence de réformes profondes de la justice, de la sécurité et de la gouvernance publique.
Abordant le débat sur une éventuelle révision de la Constitution, Denis Mukwege met en garde contre les conséquences qu’une telle démarche pourrait entraîner.
« Le pouvoir en place tient malgré tout à changer cette dernière pour prolonger le mandat du président Félix Tshisekedi », affirme-t-il, avant d’appeler les autorités à renoncer à cette initiative qu’il considère susceptible de conduire à « une déstabilisation interne conflictogène ».
Au-delà de cette mise en garde, le médecin congolais renouvelle son plaidoyer en faveur d’une stratégie nationale de justice transitionnelle. Celle-ci devrait comprendre des poursuites judiciaires contre les auteurs des crimes, un mécanisme de recherche de la vérité, des réparations en faveur des victimes, la préservation de la mémoire collective, des réformes institutionnelles ainsi que des garanties de non-répétition.
Dans cette perspective, il réitère également son appel à la création d’un tribunal pénal spécial pour la RDC ainsi que de chambres spécialisées mixtes chargées de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves commis sur le territoire congolais. Il propose en outre l’érection d’un mémorial national à Kinshasa et de plusieurs lieux de mémoire dans les provinces durement touchées par les conflits.
Sur le plan économique, Denis Mukwege plaide enfin pour un renforcement de la traçabilité des minerais stratégiques, la lutte contre les circuits illicites d’exploitation et d’exportation ainsi que la transformation locale des ressources minières afin qu’elles profitent au développement du pays plutôt qu’au financement des groupes armés.
À la veille de la célébration du Génocost, cette déclaration remet au premier plan les questions de justice, de mémoire et de gouvernance en République démocratique du Congo. Pour Denis Mukwege, rendre hommage aux victimes ne peut se limiter à une commémoration symbolique : cela doit s’accompagner d’engagements concrets en faveur de la vérité, de la lutte contre l’impunité et de la consolidation d’une paix durable.

Juriste | Journaliste | Entrepreneur | Fondateur de YOKA INFOS