

Le C.T. Ir. Dep’s Boumo Lisagola, connu sous le surnom de « Coach Mental », a défendu à l’Université de Kisangani (UNIKIS) son mémoire de Diplôme d’études spécialisées (D.E.S.) consacré à la chaîne de valeur du bois d’œuvre artisanal sur l’axe Banalia-Kisangani. Son travail, réalisé dans la province de la Tshopo, a été sanctionné par une mention Distinction.
Intitulée « Analyse des performances organisationnelles, économiques, sociales et environnementales de la chaîne de valeur de bois d’œuvre artisanal sur l’axe Banalia-Kisangani », cette recherche s’intéresse à une activité qui occupe une place importante dans l’économie locale et dans l’approvisionnement du marché de Kisangani.
Menée d’avril 2025 à juin 2026, l’étude s’est intéressée aux principaux acteurs de cette filière, notamment les exploitants artisanaux, les transporteurs, les commerçants, les communautés locales ainsi que les services de l’administration forestière.
À travers une approche combinant des données quantitatives et qualitatives, le chercheur a cherché à comprendre le fonctionnement de cette chaîne de valeur, mais également la manière dont les revenus et les bénéfices sont répartis entre ses différents maillons.
Les résultats mettent en évidence une filière qui génère des revenus, mais dont l’organisation demeure fragile. Les exploitants artisanaux supportent une partie importante des coûts liés à la production, tandis que certains acteurs situés en aval, notamment les commerçants, bénéficient de marges plus importantes.
Selon les données présentées dans le travail, la marge brute moyenne des commerçants atteint 70,3 dollars américains par unité, correspondant à un taux de marge de 25,5 %. Ce constat soulève la question de l’équilibre dans la répartition de la valeur créée au sein de la filière.
Au-delà de l’aspect économique, le mémoire met également en évidence les difficultés liées à la structuration des acteurs. La faible formalisation des activités et l’insuffisance de coordination limitent notamment la capacité des exploitants à défendre leurs intérêts, à négocier leur accès au marché et à améliorer leurs revenus.
Dans cette perspective, la structuration des exploitants au sein d’organisations professionnelles ou de coopératives apparaît parmi les pistes avancées pour améliorer la gouvernance de la filière.
L’étude relève par ailleurs des retombées sociales liées à l’exploitation artisanale du bois, notamment en matière de revenus pour les communautés locales. Toutefois, elle souligne que ces activités ne débouchent pas suffisamment sur des emplois durables et peuvent également être à l’origine de tensions autour de l’accès et de l’exploitation des ressources forestières.
La dimension environnementale occupe également une place importante dans les conclusions du chercheur. La diminution de certaines essences disponibles et le faible niveau des initiatives de reboisement témoignent, selon l’étude, de la pression exercée sur les ressources forestières.
Cette situation pose un enjeu de durabilité : une activité qui contribue aujourd’hui aux revenus des ménages et à l’approvisionnement du marché risque, à terme, de fragiliser les ressources dont elle dépend si les mécanismes de restauration et de gestion responsable ne sont pas renforcés.
Au terme de son analyse, Dep’s Boumo Lisagola recommande notamment une meilleure formalisation des acteurs, le renforcement de la gouvernance de la filière, une organisation accrue des exploitants ainsi qu’une répartition plus équitable de la valeur créée. Il préconise également la promotion de pratiques d’exploitation compatibles avec la préservation des ressources forestières.
La mention Distinction obtenue à l’issue de cette défense vient ainsi couronner un travail qui aborde simultanément les dimensions économiques, sociales, organisationnelles et environnementales d’une activité importante pour la Tshopo.
Pour le chercheur, cette étape académique constitue également un jalon dans un parcours qu’il entend poursuivre. Après ce travail consacré à la filière du bois entre Banalia et Kisangani, Dep’s Boumo Lisagola envisage de poursuivre ses recherches dans la perspective d’un parcours doctoral à l’horizon 2028.
Au-delà de la réussite académique, cette recherche met en lumière la nécessité de concilier l’exploitation des ressources forestières, les revenus des communautés et la préservation du patrimoine forestier de la Tshopo.
Par : Dido LIBOGA

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