
En prélude au lancement officiel des Assurances Maladies Zonales (AMZ), communément appelées mutuelles de santé, une conférence de presse a été organisée le mercredi 22 juillet à Kisangani pour présenter les objectifs, le fonctionnement et les perspectives de ce nouveau mécanisme de protection sociale en santé. Développées par Enabel, Agence belge de coopération internationale, en partenariat avec le gouvernement congolais, les AMZ visent à faciliter l’accès à des soins de qualité tout en protégeant les ménages contre les dépenses de santé susceptibles de les appauvrir.
Au cours des échanges, les intervenants ont expliqué que les Assurances Maladies Zonales constituent un mécanisme de solidarité destiné à réduire les paiements directs des soins de santé, encore très fréquents en République démocratique du Congo. À travers ce système, les ménages cotisent régulièrement afin de bénéficier d’une prise en charge lorsqu’un membre de la famille tombe malade, évitant ainsi que les dépenses médicales ne deviennent une source d’endettement ou de précarité.
Cette initiative, appuyée par Enabel dans le cadre de son Projet Santé et Protection Sociale, accompagne les efforts du gouvernement congolais dans la mise en œuvre de la Couverture Santé Universelle. Elle repose sur une approche participative associant les autorités publiques, les prestataires de soins, la société civile et les communautés afin de mettre en place des mutuelles de santé professionnelles, transparentes et durables.
Présentant le fonctionnement des Assurances Maladies Zonales, le professeur Franck Boluka, directeur de l’Établissement d’utilité publique d’appui technique aux mutuelles de santé (EUP-ATMS), a indiqué qu’il s’agit de mutuelles de santé organisées à l’échelle d’une zone de santé.
Le principe est simple : les membres versent des cotisations qui alimentent un fonds commun destiné à couvrir une partie des frais médicaux des adhérents lorsqu’ils ont besoin de soins. Ce système de mutualisation des risques permet de réduire les dépenses supportées directement par les familles et de garantir un meilleur accès aux soins.
Pour adhérer, chaque ménage verse une cotisation de 2 500 francs congolais, ouvrant ainsi l’accès aux prestations prévues par la mutuelle selon les conditions établies par ses organes de gestion.
Selon le professeur Franck Boluka, les prestations couvertes seront définies par les organes de gouvernance de chaque mutuelle en tenant compte des maladies les plus fréquentes dans leur milieu. Les soins de santé courants, la maternité, certaines interventions chirurgicales et d’autres prestations prioritaires pourront être couverts selon les ressources disponibles, tandis que les pathologies nécessitant des coûts très élevés feront l’objet d’une évaluation spécifique afin de préserver l’équilibre financier des mutuelles.
Pour cette première phase, les Assurances Maladies Zonales sont mises en œuvre dans les zones de santé des communes de Makiso et de Kisangani, dans la ville de Kisangani, ainsi que dans la zone de santé du territoire d’Isangi.
Ces zones pilotes permettront d’évaluer le fonctionnement du dispositif avant son extension progressive aux autres zones de santé de la province de la Tshopo, qui en compte vingt-trois.
Afin d’assurer la pérennité du système, Enabel a également accompagné la mise en place de l’Établissement d’utilité publique d’appui technique aux mutuelles de santé (EUP-ATMS). Cette structure est chargée de former les gestionnaires des mutuelles, d’assurer leur encadrement technique, de renforcer leurs capacités, d’appuyer leur gouvernance et de mener des actions de plaidoyer en faveur du développement des mutuelles de santé dans toute la province.
Le professeur Franck Boluka a souligné que cette structure poursuivra son accompagnement afin de permettre aux mutuelles de fonctionner de manière autonome et durable, y compris après la fin de l’appui d’Enabel.
Intervenant au nom de la Division provinciale de la Prévoyance sociale, Zachary Abedi a rappelé que les mutuelles de santé sont régies par la loi n° 17/002 du 8 février 2017 déterminant les principes fondamentaux relatifs à la mutualité. Il a expliqué que chaque Assurance Maladie Zonale fonctionne avec une Assemblée générale, un Conseil d’administration, un Comité exécutif et une Commission de contrôle chargés de garantir une gestion transparente des cotisations et le respect des règles de fonctionnement.
La Division provinciale de la Prévoyance sociale assure, pour sa part, la régulation et le suivi de ces structures afin de veiller au respect des dispositions légales.
Les responsables du projet ont également indiqué qu’un important travail d’identification des personnes indigentes a été réalisé avec les partenaires afin de permettre aux plus vulnérables d’accéder eux aussi à ce mécanisme de protection sociale.
Les nouvelles adhésions s’effectuent au bureau provisoire des Assurances Maladies Zonales installé au Centre pastoral de Kisangani, à proximité de l’Archevêché.
Pour les promoteurs des AMZ, l’objectif est désormais d’élargir progressivement le nombre d’adhérents afin de consolider la viabilité financière des mutuelles, de réduire davantage les dépenses supportées par les ménages et de contribuer efficacement à la mise en œuvre de la Couverture Santé Universelle en République démocratique du Congo.
À travers cette initiative, Enabel et le gouvernement congolais entendent ainsi poser les bases d’un système de protection sociale plus solidaire, capable d’offrir aux populations de la Tshopo un meilleur accès aux soins de santé et une meilleure protection contre les risques financiers liés à la maladie.

Juriste | Journaliste | Entrepreneur | Fondateur de YOKA INFOS