
La ville de Kisangani a vibré ce dimanche 2 août au rythme de la Journée nationale de commémoration du Génocost, marquée par une cérémonie de recueillement, une marche patriotique et un appel unanime à la justice pour les victimes des conflits ayant endeuillé la République démocratique du Congo. Autorités provinciales, mouvements citoyens, organisations de jeunesse et habitants ont réaffirmé leur engagement en faveur de la mémoire, de la vérité, de la réparation et de la paix.
Des centaines de personnes se sont rassemblées ce dimanche au rond-point du Canon, à Kisangani, pour commémorer la Journée nationale du Génocost. Dans une atmosphère empreinte d’émotion et de recueillement, autorités provinciales, responsables de mouvements citoyens, jeunes, conducteurs de motos-taxis, enfants de la rue et simples citoyens ont uni leurs voix pour rendre hommage aux millions de Congolais victimes des guerres et des violences qui frappent le pays depuis plusieurs décennies.
Placée sous le signe de la mémoire et de la solidarité nationale, la cérémonie a débuté par une série d’interventions rappelant la portée historique de cette journée instituée pour honorer les victimes des conflits armés ayant causé des pertes humaines considérables en République démocratique du Congo.

Ouvrant la cérémonie, le modérateur principal et membre du mouvement citoyen LUCHA, Lambert Bakonda, a présenté le déroulement des activités avant de rappeler le sens de la mobilisation.
« Nous ne demandons pas de la compassion, nous demandons simplement la reconnaissance du Génocost congolais. Nous continuerons à nous battre pour que justice soit rendue et que les auteurs, qu’ils soient nationaux ou internationaux, répondent de leurs actes », a-t-il déclaré.
Au nom du Conseil provincial de la jeunesse (CPJ/Tshopo), sa présidente, Me Grâce Komba, a insisté sur le devoir de mémoire qui incombe à la jeunesse congolaise.
« Nous sommes réunis pour nous souvenir des atrocités commises dans notre pays. Cette journée doit également permettre de faire entendre notre voix afin que justice soit rendue à tous les coupables et que le Génocost soit reconnu sur les plans national et international », a-t-elle affirmé.
Elle a également invité les jeunes à poursuivre la campagne de sensibilisation au-delà de cette journée, notamment à travers la signature de la pétition réclamant la reconnaissance internationale du Génocost.

Un appel à l’unité et au patriotisme
Présent à la cérémonie, le vice-gouverneur de la province de la Tshopo, Didier Lomoyo, a salué cette initiative citoyenne avant d’appeler les Congolais à renforcer leur unité face aux défis sécuritaires auxquels le pays demeure confronté.
« Nous devons tous nous souder les coudes. Nous disons non à la guerre, non aux massacres, non au pillage de nos ressources naturelles. La RDC doit rester une et indivisible », a-t-il déclaré, invitant les participants à soutenir la campagne de signatures en faveur de la reconnaissance du Génocost.
Dans son intervention, le militant de la LUCHA Gentil Sefu, initiateur de la mobilisation, est revenu sur les origines du concept de Génocost et sur les objectifs poursuivis par cette campagne citoyenne.

Selon lui, le terme « Génocost » associe les notions de « génocide » et de « coût économique », afin de mettre en lumière les pertes humaines liées aux conflits alimentés, selon les organisateurs, par l’exploitation des ressources naturelles de la RDC.
« Nous sommes ici pour revendiquer trois choses : la reconnaissance internationale du Génocost, la justice pour les victimes et la réparation. Si cette reconnaissance est obtenue, les auteurs des crimes pourront répondre de leurs actes et les victimes bénéficier d’une réparation appropriée », a expliqué Gentil Sefu.
Il a également encouragé les participants à signer massivement la pétition citoyenne destinée à porter cette revendication devant la communauté internationale.
Le témoignage poignant d’un survivant de la guerre des Six Jours
L’un des moments les plus émouvants de la cérémonie a été le témoignage d’un survivant de la guerre des Six Jours de Kisangani, conflit ayant opposé, en juin 2000, les armées rwandaise et ougandaise sur le sol congolais.

Revenant sur ces événements, il a raconté comment, alors qu’il était élève en sixième année primaire, la première explosion avait retenti en pleine matinée, obligeant les enseignants à renvoyer les élèves chez eux.
Il a également évoqué la peur qui régnait dans son quartier, les familles contraintes de fuir, la présence des militaires rwandais dans les habitations et les longues journées passées à se cacher pour éviter les enrôlements forcés.
Son récit a profondément ému l’assistance, rappelant les souffrances endurées par les populations civiles lors de ces affrontements.
Une marche aux bougies jusqu’à l’Esplanade des Martyrs
Au terme des allocutions, le vice-gouverneur Didier Lomoyo a procédé à l’allumage symbolique de la première bougie. De proche en proche, chaque participant a transmis la flamme à une autre personne dont la bougie était encore éteinte, dans un geste illustrant l’unité, la solidarité et le devoir collectif de préserver la mémoire des victimes.
Bougies à la main, les participants ont ensuite quitté le rond-point du Canon pour une marche silencieuse en direction de l’Esplanade des Martyrs de Kisangani.
Accompagné par une fanfare interprétant des mélodies de recueillement, le cortège a traversé plusieurs artères de la ville avant de déposer les bougies au monument des Martyrs, en hommage aux millions de Congolais ayant perdu la vie au cours des conflits armés.
Une mémoire à préserver
Au-delà du recueillement, les différentes interventions ont convergé autour d’un même message : préserver la mémoire des victimes, lutter contre l’impunité, obtenir justice et promouvoir une paix durable en République démocratique du Congo.
Par cette mobilisation, les organisateurs espèrent maintenir vivante la mémoire collective tout en sensibilisant davantage la population, particulièrement les jeunes générations, aux conséquences humaines des conflits qui continuent d’affecter l’est du pays.
À travers les chants, les témoignages, les bougies et la marche patriotique, Kisangani a ainsi réaffirmé, en ce 2 août, son attachement au triptyque devenu le symbole de cette journée nationale : Mémoire, Justice et Réparation. Pour les participants, le Génocost ne doit pas rester une simple date commémorative, mais constituer un engagement permanent afin que les victimes ne soient jamais oubliées et que de telles tragédies ne se reproduisent plus en République démocratique du Congo.
