
Vingt-six ans après les affrontements meurtriers qui ont ensanglanté Kisangani, les appels à la justice continuent de résonner au sein des communautés affectées. À l’occasion de la commémoration des guerres de 1, 3 et 6 jours, les victimes et leurs représentants plaident pour la création d’un tribunal pénal spécial afin de juger les responsables de ces crimes.
À l’occasion du 26ᵉ anniversaire des guerres de 1, 3 et 6 jours qui ont opposé des armées étrangères sur le sol de Kisangani, les victimes des conflits et plusieurs acteurs communautaires ont renouvelé leur appel en faveur de la justice, de la mémoire et de la réparation.
Dans un message parvenu à la rédaction de Yoka Infos, Mgr Mwarabu Ngalema est revenu sur les événements tragiques qui ont marqué la ville de Kisangani en juin 2000, lorsque les affrontements entre les armées rwandaise et ougandaise avaient transformé la capitale de la Tshopo en champ de bataille.
Selon lui, malgré les années écoulées, les blessures restent profondes au sein des familles touchées par ces violences qui avaient causé la mort de milliers de personnes, des destructions massives d’infrastructures ainsi que de nombreuses violations des droits humains.
« Vingt-six ans plus tard, la douleur est intacte, mais la colère l’est aussi. Nous refusons que l’histoire oublie cette tragédie », a-t-il déclaré.
Au-delà du devoir de mémoire, les victimes réclament désormais des avancées concrètes sur le plan judiciaire. Elles demandent notamment la mise en place d’un tribunal pénal spécial chargé de poursuivre les auteurs présumés des crimes commis durant ces affrontements.
« Nous ne réclamons pas la vengeance, mais nous réclamons la justice », insiste le message, qui appelle à identifier et à juger aussi bien les donneurs d’ordres que les exécutants des exactions commises contre les populations civiles.
Cette revendication intervient alors que plusieurs organisations de victimes continuent de dénoncer l’absence de poursuites judiciaires contre les responsables des violences qui ont endeuillé Kisangani et d’autres localités de l’ancienne Province Orientale durant les conflits armés ayant secoué la RDC à la fin des années 1990 et au début des années 2000.

Les communautés des victimes saluent toutefois les efforts engagés dans le cadre du processus d’indemnisation piloté par le Fonds spécial de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO).
Quelques jours avant cette commémoration, le FRIVAO avait annoncé le lancement d’un audit du fichier d’identification et d’indemnisation des victimes de Kisangani, une démarche présentée comme une étape destinée à renforcer la transparence et la crédibilité du processus.
Pour les représentants des victimes, la réparation ne doit cependant pas se limiter à l’aspect financier. Ils plaident également pour une implication active des communautés concernées dans la définition des projets communautaires et des mécanismes de réparation collective.
« Rien ne pourra plus se faire sans au préalable consulter la communauté des victimes », souligne le document.
Au-delà des revendications judiciaires et matérielles, les organisateurs de cette commémoration insistent sur la nécessité de préserver la mémoire des événements afin que les générations futures n’oublient pas les souffrances endurées par la population de Kisangani.
Ils estiment que la réalisation d’ouvrages mémoriels et de projets communautaires pourrait contribuer à honorer les victimes tout en favorisant la réconciliation et la cohésion sociale.
Dans leur message, les signataires rappellent également l’attachement des populations de la Grande Orientale aux valeurs de paix, de solidarité et de coexistence pacifique malgré les épreuves traversées.
Alors que la ville de Kisangani continue de porter les stigmates de cette page douloureuse de son histoire, les victimes espèrent que les démarches en cours permettront non seulement d’obtenir réparation, mais aussi de faire progresser la quête de vérité et de justice. Vingt-six ans après les faits, leur principale revendication demeure inchangée : que les souffrances vécues ne soient ni oubliées ni ignorées par l’histoire.
