Screenshot_20260817-140035
screenshot 20260817 140035353023445218417139
Le siège de la Banque centrale du Congo à Kinshasa.

Goma et Bukavu ne figurent plus dans les tableaux des cours parallèles du dollar publiés par la Banque centrale du Congo (BCC) depuis janvier et février 2025, à des dates correspondant à la prise de contrôle de ces deux villes par l’AFC/M23. L’examen de centaines de relevés laisse apparaître une rupture durable dans la publication de ces données, sans qu’une explication officielle de la BCC sur le retrait de ces deux villes n’ait été publiée.

Le dernier tableau disponible avant la disparition de Goma date du 24 janvier 2025. À cette date, la ville figurait encore parmi les places suivies par la BCC pour le marché parallèle, avec un dollar coté à 2 812,5000 francs congolais à l’achat et 2 900 francs à la vente. La ligne consacrée à Goma n’apparaît plus dans les relevés qui suivent.

La rupture intervient dans un contexte particulier. Goma est tombée sous le contrôle de l’AFC/M23 le 27 janvier 2025. Quelques jours plus tard, c’est au tour de Bukavu de disparaître du dispositif de cotation : sa dernière présence relevée dans les tableaux remonte au 4 février, avant son absence à partir du lendemain.

Le cas de Bukavu présente d’ailleurs une particularité. Ses dernières cotations disponibles avant sa disparition reprennent plusieurs fois les mêmes valeurs, notamment celles observées le 24 janvier. Cette répétition interroge sur les conditions dans lesquelles les données ont alors été collectées, alors que l’accès aux deux villes était fortement perturbé par la situation sécuritaire.

La BCC publie normalement des données relatives aux cours de change, y compris les cours parallèles. Son site officiel présente toujours cette activité parmi ses données sur les opérations de change. Des tableaux archivés montrent également que Goma et Bukavu faisaient bien partie des villes suivies avant la rupture. Par exemple, le relevé du 13 janvier 2025 mentionne Bukavu à 2 853,3333 francs à l’achat et 2 882,5000 à la vente, tandis que Goma était cotée à 2 827,5000 et 2 892,5000 francs.

L’enjeu dépasse la simple disparition de deux lignes dans un tableau statistique. À Goma comme à Bukavu, la guerre a profondément perturbé le fonctionnement du système financier formel. Des établissements bancaires ont cessé leurs activités dans les deux villes, tandis que les habitants ont continué à recourir au dollar, au franc congolais et aux services de transfert d’argent pour leurs transactions quotidiennes.

Cette situation crée une difficulté pour mesurer l’évolution du marché des changes dans ces deux importants pôles économiques de l’Est. Les données publiées à Kinshasa permettent de suivre l’évolution du franc congolais dans la capitale, mais elles ne permettent plus de connaître officiellement le niveau auquel le dollar s’échange dans les rues de Goma ou de Bukavu.

C’est précisément là que se situe l’une des principales questions soulevées par l’analyse des relevés : la disparition des deux villes correspond-elle à une impossibilité matérielle de collecter les données, à une suspension administrative de la collecte ou à une autre décision de la Banque centrale ?

Pour l’instant, les documents publics examinés ne permettent pas de trancher. La proximité entre les dates de disparition des deux villes et leur prise de contrôle par l’AFC/M23 constitue un élément de contexte important, mais elle ne suffit pas, à elle seule, à établir un lien de causalité.

D’autant que Goma et Bukavu ne sont pas les seules entités à avoir disparu progressivement des tableaux de cours parallèles de la BCC. Cette évolution invite donc à éviter toute conclusion trop rapide et à distinguer ce que les données démontrent de ce qu’elles permettent seulement de supposer.

Une autre interrogation concerne l’actualisation de cette série statistique. Les données examinées dans le cadre de cette analyse s’arrêtent au 8 juillet 2026, ce qui laisse également ouverte la question de savoir si la publication des cours parallèles a été interrompue ou si les tableaux n’étaient simplement plus actualisés au moment de l’examen.

La Banque centrale du Congo reste ainsi la principale institution susceptible de lever ces incertitudes : pourquoi Goma et Bukavu ont-elles cessé d’apparaître dans les cours parallèles, quelles étaient les conditions de collecte des dernières données disponibles et pourquoi cette série ne semble-t-elle plus couvrir ces deux marchés ?

En attendant une éventuelle clarification officielle, une chose est établie par les relevés disponibles : le dollar continue d’être utilisé dans les échanges à Goma et Bukavu, mais son niveau de cotation sur le marché parallèle n’est plus documenté dans les tableaux publics de la BCC comme il l’était avant la crise de 2025.

Laisser un commentaire

error: Contenu protégé © YOKA INFOS – Reproduction interdite sans autorisation.