
De 2001 à 2019, Joseph Kabila a dirigé la République démocratique du Congo dans une période marquée par la reprise économique, des réformes et une forte dépendance aux matières premières. Depuis 2019, Félix Tshisekedi gouverne un pays confronté à de nouveaux défis, notamment la pression sécuritaire, les attentes sociales et la nécessité de transformer la croissance économique en amélioration concrète des conditions de vie.
Comparer les bilans de ces deux présidents exige de dépasser les discours politiques et de revenir aux chiffres. Croissance économique, dette publique, pouvoir d’achat, infrastructures, pauvreté et gouvernance constituent autant d’indicateurs permettant d’examiner les résultats obtenus, sans attribuer automatiquement à un chef de l’État toutes les évolutions enregistrées durant son mandat.
Joseph Kabila : une reprise économique, mais des résultats sociaux à relativiser
Arrivé au pouvoir en janvier 2001, Joseph Kabila a dirigé la RDC jusqu’en janvier 2019. Son mandat a notamment été marqué par la reprise de la coopération avec les partenaires internationaux, des réformes économiques et l’essor du secteur minier.
Selon l’Agence nationale pour la promotion des investissements (ANAPI), la croissance économique a atteint 9,5 % en 2014, avant de ralentir à environ 2,5 % en 2016, dans un contexte de baisse des cours des matières premières. Elle est ensuite remontée à 3,7 % en 2017, 5,8 % en 2018 et 4,6 % en 2019. Ces chiffres sont présentés dans le document de l’ANAPI consacré à la situation économique et sociale de la RDC.
Ces résultats illustrent une progression économique réelle, mais aussi la vulnérabilité du pays aux fluctuations des marchés internationaux. La dépendance aux exportations minières a rendu la croissance congolaise sensible aux variations des prix du cuivre, du cobalt et d’autres ressources.
Sur le plan social, l’ANAPI fait état d’une baisse de la pauvreté de 80 % à 63 % sur la période qu’elle examine. Ces estimations doivent toutefois être interprétées avec prudence : les résultats dépendent des années retenues, des méthodes de calcul et des seuils de pauvreté utilisés. Ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir dans quelle mesure l’amélioration des indicateurs a bénéficié à l’ensemble de la population.
Le bilan de cette période doit également tenir compte des conflits armés, des déplacements de populations et des difficultés persistantes d’accès à l’électricité, à l’eau potable, aux soins de santé et à une éducation de qualité.
Félix Tshisekedi : une croissance soutenue par le secteur extractif
Depuis son accession à la présidence en janvier 2019, Félix Tshisekedi a placé le développement des infrastructures, l’amélioration des conditions sociales et la mobilisation des ressources nationales parmi les priorités affichées de son action.
Selon le Fonds monétaire international (FMI), le produit intérieur brut réel de la RDC a progressé de 6,1 % en 2024. Pour 2025, le FMI a publié une estimation préliminaire de 5,6 % dans son rapport économique de 2026. Ces chiffres figurent dans les indicateurs économiques de la RDC publiés par le FMI.
Cette croissance repose largement sur les industries extractives, même si les télécommunications, le commerce, la construction et d’autres secteurs contribuent également à l’activité économique. Le FMI indique notamment que la croissance du secteur extractif a atteint 11,9 % en 2024, contre 4,1 % pour le secteur non extractif dans la série statistique présentée par l’institution.
La question centrale est donc celle de la redistribution des bénéfices de cette croissance. Une hausse du PIB ne signifie pas automatiquement une amélioration équivalente du revenu des ménages. L’évolution des prix, la croissance démographique, l’emploi et l’accès aux services publics influencent directement la manière dont les résultats économiques se traduisent dans la vie quotidienne.
La situation sécuritaire dans l’est du pays constitue, par ailleurs, une contrainte majeure. Les conflits entraînent des déplacements de populations, perturbent les activités économiques et imposent des dépenses supplémentaires à l’État.
Dette publique : une progression à examiner au-delà des montants
La dette publique est un autre indicateur essentiel pour comparer les deux périodes. Elle doit être évaluée en tenant compte de son montant, de son poids par rapport au produit intérieur brut, de son coût et de l’utilisation des ressources empruntées.
La Direction générale de la dette publique (DGDP) publie des bulletins statistiques et des rapports permettant de suivre l’évolution de la dette de l’administration centrale. Ces documents distinguent notamment les engagements intérieurs et extérieurs. Les données doivent être consultées dans les publications officielles de la DGDP.
Pour établir une comparaison historique rigoureuse, il faut utiliser les chiffres correspondant au même périmètre de dette et préciser les dates de référence. Il convient également de distinguer l’encours total de la dette, le montant des nouveaux emprunts et les remboursements effectués.
Il faut aussi tenir compte de l’allègement de la dette extérieure obtenu par la RDC au début des années 2010 et de l’évolution ultérieure de ses engagements. Un pays peut bénéficier d’un allègement historique, puis contracter de nouveaux emprunts pour financer ses dépenses et ses investissements.
Le véritable enjeu est de savoir si les ressources empruntées contribuent à créer des infrastructures durables, à renforcer les services publics et à accroître les capacités de production du pays. Sans une comparaison des montants rapportés au PIB et des investissements financés, il serait prématuré de conclure qu’une période a été meilleure que l’autre sur ce critère.
Pouvoir d’achat : la croissance ne raconte pas toute l’histoire
Pour les ménages congolais, le bilan économique se mesure aussi au marché, au coût du transport, au loyer, aux frais scolaires et à l’accès aux soins.
L’inflation, qui mesure l’évolution générale des prix, constitue ici un indicateur déterminant. Selon les données du FMI, l’inflation annuelle moyenne en RDC était de 17,7 % en 2024 et a été estimée à 7,7 % en 2025 dans le tableau économique publié en 2026. Les données sont accessibles dans le rapport économique du FMI sur la RDC.
Une baisse du taux d’inflation signifie que les prix augmentent moins rapidement ; elle ne signifie pas nécessairement que les prix baissent ou retrouvent leur niveau antérieur.
Il faut donc distinguer trois réalités : la croissance de l’économie, l’évolution des prix et celle des revenus des ménages. Pour comparer sérieusement les deux présidences, il faudrait disposer de séries homogènes sur l’inflation, les salaires, l’emploi et la consommation, en tenant compte des variations du taux de change entre le franc congolais et le dollar américain.
Sans ces précautions, affirmer que le pouvoir d’achat s’est globalement amélioré ou détérioré sous l’un des présidents risquerait de simplifier une réalité économique plus complexe.
Infrastructures et services publics : mesurer les résultats sur le terrain
Les routes, les écoles, les hôpitaux, les réseaux d’eau et les installations électriques constituent des éléments visibles du bilan d’un gouvernement. Mais leur évaluation nécessite davantage que des annonces de projets ou des images de chantiers.
Il faut notamment vérifier le nombre d’ouvrages effectivement achevés, leur coût, leur qualité, leur durée de fonctionnement et le nombre de personnes qui en bénéficient. Une route construite mais rapidement dégradée, ou un établissement de santé dépourvu de personnel et d’équipements, ne produit pas les mêmes résultats qu’un service pleinement opérationnel.
La comparaison entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi devrait ainsi s’appuyer sur des données vérifiables relatives aux kilomètres de routes réellement aménagés, au taux d’accès à l’électricité et à l’eau potable, aux infrastructures scolaires et sanitaires fonctionnelles, ainsi qu’aux dépenses publiques correspondantes.
En l’absence de données comparables couvrant les deux périodes, il serait prématuré de désigner un vainqueur sur l’ensemble de ces critères.
Pauvreté, emploi et gouvernance : les limites des indicateurs économiques
Les indicateurs macroéconomiques ne suffisent pas à mesurer le bien-être de la population. Un pays peut enregistrer une croissance soutenue tout en conservant un niveau élevé de pauvreté, notamment lorsque les emplois créés sont insuffisants ou que les revenus issus des ressources naturelles profitent inégalement aux ménages.
L’Enquête sur les conditions de vie des ménages (ECVM 2024), réalisée dans les 26 provinces avec l’appui de la Banque mondiale, du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, estime le taux national de pauvreté à 67,9 %, selon un seuil fixé à 5 680 francs congolais par jour.
Ce résultat est présenté dans la publication du PNUD consacrée à l’Enquête sur les conditions de vie des ménages. Il renseigne sur l’ampleur du défi social actuel, mais ne peut pas être comparé directement à des estimations anciennes sans vérifier que les seuils, les méthodes et les populations étudiées sont compatibles.
La gouvernance appelle une démarche similaire. La transparence dans la gestion des ressources publiques, l’efficacité de la justice, le contrôle parlementaire et la qualité des services administratifs doivent être examinés à partir de faits documentés, de rapports d’audit, de décisions judiciaires et d’indicateurs institutionnels. Les accusations politiques, à elles seules, ne constituent pas des preuves.
Dans son analyse économique de la RDC, le FMI souligne notamment la nécessité de renforcer la mobilisation des recettes publiques, la gestion des investissements et les réformes en matière de gouvernance et de transparence. Ces recommandations figurent dans les publications du FMI relatives à la RDC.
Deux périodes, des contextes différents
La présidence de Joseph Kabila s’est déroulée dans un contexte de sortie de guerre, de reconstruction institutionnelle et de forte dépendance aux matières premières. Celle de Félix Tshisekedi est marquée par la poursuite de cette dépendance, des attentes sociales importantes et une crise sécuritaire persistante dans l’est du pays.
Ces différences ne dispensent aucun dirigeant de rendre compte de ses résultats. Elles imposent néanmoins une comparaison équitable, fondée sur des périodes clairement définies et des indicateurs identiques.
Pour établir un bilan solide, il faut comparer les données disponibles au début et à la fin de chaque période, tenir compte des chocs extérieurs et distinguer les décisions gouvernementales des facteurs indépendants de l’action présidentielle.
Conclusion : que disent réellement les chiffres ?
Les données consultées montrent que la RDC a connu une reprise économique importante sous Joseph Kabila, ponctuée de ralentissements liés notamment aux cours des matières premières. Sous Félix Tshisekedi, la croissance s’est également maintenue à un niveau soutenu, tandis que les défis sociaux et sécuritaires demeurent considérables.
Ces éléments ne suffisent pas à proclamer un vainqueur global. Une comparaison rigoureuse doit encore confronter des séries statistiques homogènes sur le pouvoir d’achat, l’emploi, la pauvreté, les infrastructures et la qualité de la gouvernance.
Au-delà de la confrontation entre les deux présidents, la question fondamentale reste celle-ci : dans quelle mesure la richesse produite en RDC se transforme-t-elle en emplois, en services publics de qualité et en amélioration durable des conditions de vie de la population ?
C’est à cette question, davantage qu’aux slogans politiques, que les chiffres doivent permettre de répondre.
Sources et références
- Agence nationale pour la promotion des investissements (ANAPI) — Situation économique et sociale de la RDC, données sur la croissance et les indicateurs sociaux de 2002 à 2019. Consulter la publication.
- Fonds monétaire international (FMI) — Consultations de 2026 au titre de l’article IV et revues des programmes avec la RDC, données sur la croissance et l’inflation. Consulter le communiqué et les tableaux économiques.
- Direction générale de la dette publique (DGDP) — Bulletins statistiques et rapports annuels sur l’encours et la structure de la dette publique. Consulter les publications.
- Institut national de la statistique (INS), Banque mondiale, PNUD et HCR — Enquête sur les conditions de vie des ménages (ECVM 2024). Consulter le rapport.
Source : YOKA INFOS

Rédaction centrale – YOKA INFOS
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