2 novembre 2026
IMG_48a5d75a-b404-4e4c-bdf7-3a6b6725b6ed
IMG 48a5d75a b404 4e4c bdf7 3a6b6725b6ed

Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur les obstacles imposés à la prise en charge des victimes de violences sexuelles dans les zones du Nord-Kivu contrôlées par le Front pour la refondation de la nation (FRN). Selon l’organisation médicale, les consultations dans certaines structures sanitaires qu’elle soutient ont diminué de 41 % entre janvier et août 2026, une baisse qu’elle attribue aux restrictions administratives et sanitaires imposées aux victimes et aux prestataires de soins.

Dans un communiqué publié lundi 2 novembre 2026 à Goma, MSF dénonce quatre exigences qui compliquent l’accès aux soins. Il s’agit notamment de l’obligation de présenter des blessures visibles pour que les faits soient reconnus comme des violences sexuelles, de la réalisation d’examens physiques jugés intrusifs et médicalement inutiles, du passage préalable par la police et de la limitation de la prise en charge aux personnes qui se présentent dans les 72 heures suivant l’agression.

Pour MSF, ces conditions excluent de nombreuses victimes du système de soins. Certaines agressions ne provoquent pas nécessairement de blessures apparentes, tandis que d’autres survivantes, confrontées à la peur, à la stigmatisation ou à des difficultés de déplacement, ne peuvent pas toujours consulter dans les trois jours suivant les faits.

L’organisation dénonce également l’utilisation de formulaires exigeant les noms, les adresses des victimes ainsi que des informations sur les auteurs présumés. Elle estime que cette pratique porte atteinte au secret médical et expose les personnes prises en charge à des risques supplémentaires.

La situation aurait aussi des conséquences sur le personnel médical. Selon MSF, des soignants ont rapporté des menaces de suspension et d’emprisonnement en cas de non-respect des nouvelles exigences. Dans certains centres soutenus par l’organisation, des données relatives aux consultations pour violences sexuelles auraient été effacées, tandis que d’autres structures auraient interrompu leur enregistrement pendant plusieurs mois.

Les chiffres communiqués illustrent l’ampleur de cette évolution. Dans certaines structures sanitaires du Nord-Kivu, le nombre de personnes venues solliciter une prise en charge est passé d’environ 80 par mois en 2025 à seulement neuf par mois en 2026, soit une diminution proche de 89 %.

« Rendre la crise moins visible ne fait pas disparaître la violence sous-jacente », a déclaré Akke Boere, directrice des opérations de MSF. Elle souligne que la baisse des consultations ne traduit pas nécessairement un recul des violences sexuelles, mais plutôt les difficultés croissantes rencontrées par les victimes pour accéder à des soins sûrs et confidentiels.

Cette alerte intervient alors que les besoins restent considérables dans l’Est de la RDC. MSF indique avoir pris en charge près de 45 000 victimes de violences sexuelles dans les structures qu’elle soutient à travers le pays en 2024, puis environ 53 000 en 2025. Au premier semestre 2026, ses équipes ont déjà accompagné plus de 19 400 personnes au Nord-Kivu.

L’organisation affirme avoir engagé des discussions avec les autorités sanitaires des zones concernées. Des engagements auraient été obtenus en octobre pour corriger la situation, mais MSF déplore leur absence de mise en œuvre un mois plus tard.

Face à cette situation, l’organisation appelle le FRN à lever les restrictions et à garantir une prise en charge médicale accessible, confidentielle et centrée sur les besoins des survivantes. Elle rappelle notamment que l’accès aux soins ne devrait jamais être conditionné par un dépôt de plainte ou un signalement préalable à la police.

À ce stade, aucune réaction du FRN au communiqué de MSF n’a été rendue publique. En attendant, l’organisation redoute que ces restrictions continuent d’éloigner les victimes des structures médicales, avec des conséquences possibles sur leur santé physique et psychologique.

Source : YOKA INFOS