20 octobre 2026
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Le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), Christian Bosembe, a défendu la recommandation interdisant aux médias et aux acteurs numériques d’offrir une tribune au Front pour la refondation de la nation (FRN), mouvement politico-militaire associé à Joseph Kabila. S’exprimant lundi 19 octobre 2026 lors d’un Space en direct organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, il a averti que les médias qui feraient la promotion de ce mouvement s’exposeraient à des sanctions pouvant aller jusqu’à la suspension.

Pour justifier cette position, le responsable du régulateur des médias a invoqué la nécessité de prévenir l’apologie du crime et l’incitation à la violence. Il a notamment cité l’article 6 de la loi organique régissant le CSAC, estimant que cette disposition permet à l’institution d’intervenir pour empêcher la diffusion de contenus susceptibles de légitimer des actes criminels.

Christian Bosembe a toutefois établi une distinction entre le traitement journalistique des événements et la promotion du mouvement concerné. Selon lui, les médias peuvent continuer à rapporter les faits liés au FRN, mais ne doivent pas lui offrir une plateforme susceptible de renforcer sa légitimité ou d’encourager l’adhésion à sa cause.

« Il est hors de question de lui accorder la parole, de n’importe quelle manière », a-t-il déclaré au sujet de Joseph Kabila, tout en affirmant que sa position vise les fonctions et la participation de l’ancien président à ce qu’il qualifie d’entreprise criminelle.

Le président du CSAC a également écarté l’argument selon lequel une interview contradictoire, destinée à confronter Joseph Kabila aux faits, pourrait justifier une prise de parole médiatique. Il a insisté sur la finalité des contenus diffusés, précisant que le régulateur apprécierait les éventuels manquements et pourrait prendre des mesures à l’encontre des médias concernés.

Cette interprétation soulève néanmoins une question importante sur les limites entre la prévention de l’incitation à la violence et la liberté d’informer. Interrogé sur l’absence d’une décision judiciaire préalable, Christian Bosembe a défendu le caractère préventif de la recommandation, présentée comme contraignante pour les médias, les journalistes, les analystes, les créateurs de contenus et les influenceurs.

Le responsable du CSAC a par ailleurs précisé que les dirigeants des partis politiques suspendus pouvaient intervenir dans les médias à titre personnel, mais pas au nom de leurs formations.

« Les sanctions concernent le parti, pas les individus », a-t-il résumé.

Sur la couverture de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, Christian Bosembe a rejeté toute mise sur un pied d’égalité des FARDC et du FRN. Il estime que les journalistes peuvent documenter les exactions attribuées au mouvement, mais conteste les présentations qui imputeraient indistinctement des tueries de civils aux deux camps.

Enfin, le président du CSAC a contesté les classements de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse en RDC. Il a défendu l’idée que les journalistes ne bénéficient pas d’une immunité générale et que les poursuites visant certains d’entre eux peuvent concerner des faits distincts de leur activité professionnelle.

Cette prise de position intervient dans un contexte de fortes tensions politiques et sécuritaires autour du rôle attribué à Joseph Kabila dans l’évolution de la crise à l’est du pays. La mise en œuvre de la recommandation du CSAC sera particulièrement suivie, notamment au regard de son articulation avec les garanties de liberté de la presse, le droit du public à l’information et les règles encadrant le travail journalistique.

Source : YOKA INFOS