19 octobre 2026
FB_IMG_1792315707517
FB IMG 1792315707517 1

L’interdiction de navigation des baleinières en bois en République démocratique du Congo doit entrer en vigueur le 15 novembre 2026, sur décision du vice-Premier ministre chargé des Transports, Jean-Pierre Bemba Gombo. Si cette mesure vise à réduire les naufrages meurtriers, son application soulève des inquiétudes sur la capacité du gouvernement à proposer des solutions de remplacement suffisantes pour les populations et les opérateurs qui dépendent du transport fluvial.

Annoncée dans un contexte marqué par la répétition des accidents sur les voies navigables, cette décision concerne le fleuve Congo, ses affluents, les cours d’eau et les lacs. Le gouvernement entend notamment remplacer progressivement les embarcations en bois par des péniches métalliques, jugées plus adaptées aux exigences de sécurité.

Mais à moins d’un mois de l’échéance annoncée, une question demeure : comment interdire ces embarcations sans perturber les déplacements des habitants et l’approvisionnement des localités enclavées ?

Dans plusieurs provinces, le transport fluvial reste un moyen essentiel pour déplacer les personnes et acheminer les marchandises, en raison de l’insuffisance ou du mauvais état des routes. Les baleinières assurent ainsi la liaison entre des localités parfois difficiles d’accès par voie terrestre. Leur retrait du trafic pourrait donc avoir des conséquences sur les échanges commerciaux et le coût de certains produits, si des alternatives suffisantes ne sont pas disponibles.

Cette préoccupation est particulièrement importante dans la province de la Tshopo, où le fleuve Congo et ses affluents jouent un rôle majeur dans l’approvisionnement de Kisangani et la desserte de plusieurs territoires. Le président de l’Assemblée provinciale, Mateus Kanga Londimo, a d’ailleurs sollicité auprès de Jean-Pierre Bemba un moratoire d’au moins douze mois afin de permettre aux opérateurs de s’adapter, tout en maintenant l’interdiction du transport de personnes à bord des baleinières en bois. Selon les informations rapportées par Actualité.cd le 18 octobre, il redoute notamment des perturbations de l’approvisionnement et une hausse des prix des produits de première nécessité.

Face à ces préoccupations, le gouvernement affirme avoir prévu des mesures d’accompagnement. Lors d’une rencontre avec les armateurs, le 7 octobre à Kinshasa, Jean-Pierre Bemba a annoncé la mise à disposition de plans techniques et de la liste des équipements nécessaires à la construction de péniches métalliques. Des mécanismes de financement sont également envisagés pour faciliter la transition des exploitants vers des embarcations répondant aux normes de sécurité.

Le gouvernement prévoit en outre l’acquisition d’une centaine de péniches destinées à renforcer la flotte de l’Office national des transports (ONATRA). Toutefois, le calendrier de leur acquisition, leur déploiement effectif sur les différents axes navigables et leur capacité à répondre aux besoins des populations restent des éléments déterminants pour apprécier la faisabilité de cette transition.

Jean-Pierre Bemba a, pour sa part, exclu tout moratoire et appelé les armateurs à se préparer à l’application de la mesure dès le 15 novembre. Cette fermeté traduit la volonté des autorités de mettre fin aux pratiques qu’elles considèrent comme dangereuses, alors que les naufrages continuent de provoquer des pertes en vies humaines.

Pour autant, la sécurité fluviale ne dépend pas uniquement du matériau utilisé pour construire les embarcations. Le respect des capacités de chargement, l’état technique des bateaux, la qualification des équipages, le port des gilets de sauvetage, l’interdiction de naviguer la nuit et l’efficacité des contrôles constituent également des facteurs essentiels. Sans une surveillance régulière des ports et des points d’embarquement, une interdiction, même stricte, pourrait se heurter aux difficultés d’application sur le terrain.

Le défi pour le gouvernement consiste donc à concilier deux impératifs : protéger les passagers contre les naufrages et préserver la continuité du transport des personnes et des marchandises. Une mise en œuvre efficace nécessitera non seulement des contrôles et des sanctions, mais aussi des moyens de transport disponibles, accessibles et adaptés aux réalités des différentes provinces.

À l’approche du 15 novembre, l’interdiction des baleinières en bois apparaît ainsi comme une décision importante pour la sécurité de la navigation en RDC, mais dont la réussite dépendra largement des mesures concrètes qui l’accompagneront. Sans alternatives opérationnelles et suffisamment accessibles, la réforme risque de compliquer les déplacements et les échanges commerciaux dans les zones les plus dépendantes du transport fluvial. La véritable épreuve pour Jean-Pierre Bemba sera donc de démontrer que la modernisation annoncée peut protéger les vies humaines sans isoler davantage les populations.

Source : YOKA INFOS