
L’ancien vice-président de la République, Azarias Ruberwa, estime que la condamnation à mort par contumace de l’ancien président Joseph Kabila relève davantage d’un règlement de comptes politique que d’un véritable acte de justice. Dans un entretien accordé à ACTUALITE.CD, il plaide pour une grâce présidentielle et met en garde contre les risques d’une instrumentalisation de la justice dans un contexte politique déjà tendu.
L’ancien vice-président de la République démocratique du Congo, Azarias Ruberwa, est sorti de sa réserve pour commenter plusieurs sujets majeurs de l’actualité nationale, notamment la condamnation à mort de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila. Juriste de formation et l’un des principaux artisans de la Constitution de 2006, il considère cette décision judiciaire comme une erreur tant sur le plan politique que juridique.
Interrogé par ACTUALITE.CD, Azarias Ruberwa n’a pas caché son désaccord avec le verdict prononcé contre Joseph Kabila. Selon lui, cette condamnation ne répond pas aux exigences d’une justice impartiale.
« C’est une condamnation injuste et abjecte. Sur le plan politique, elle répond d’un procès politique qui aboutit à un règlement de comptes », a-t-il déclaré.
L’ancien vice-président soutient également que plusieurs règles fondamentales de la procédure pénale n’auraient pas été respectées au cours du procès. Il évoque notamment des irrégularités dans la notification de la procédure, la levée des immunités de l’ancien président devenu sénateur à vie ainsi que l’absence, selon lui, d’éléments de preuve suffisamment solides pour justifier une condamnation aussi lourde.
Pour Azarias Ruberwa, la peine capitale prononcée contre Joseph Kabila ne contribue ni à l’apaisement du climat politique ni au renforcement de l’État de droit. Il estime qu’une solution politique serait plus appropriée dans un contexte marqué par des tensions institutionnelles et sécuritaires.
« Je plaide pour une solution politique : la grâce présidentielle. À défaut d’avoir empêché ce procès, le président de la République jouerait la carte de la grandeur et de la réconciliation en l’accordant », a-t-il affirmé.
Au-delà du cas de Joseph Kabila, Ruberwa s’est également exprimé sur le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution. Il rappelle que la loi fondamentale de 2006 est, selon lui, une œuvre des Congolais et qu’elle interdit toute révision durant l’état de siège ou en période de guerre.
L’ancien négociateur des accords de Sun City estime que les priorités du pays devraient porter sur le rétablissement de la paix, le respect des institutions et la consolidation de la démocratie, plutôt que sur une modification de la Constitution.
Dans le même entretien, il revient aussi sur la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, notamment à Minembwe, où il appelle à une meilleure protection des populations civiles, à une enquête indépendante sur les violences signalées et à un dialogue politique inclusif susceptible de favoriser une paix durable.
La condamnation de Joseph Kabila continue de susciter des réactions contrastées au sein de la classe politique congolaise. Alors que les autorités judiciaires défendent l’indépendance de la justice, plusieurs personnalités politiques et juridiques appellent à un traitement respectueux des garanties procédurales et à des initiatives favorisant la réconciliation nationale. Les déclarations d’Azarias Ruberwa s’inscrivent ainsi dans un débat plus large sur l’avenir de la démocratie, de la justice et de la stabilité institutionnelle en République démocratique du Congo.
