Tshopo : Les femmes vivant avec handicap face à un accès encore inégal à la santé reproductive

À Kisangani, les femmes vivant avec handicap continuent de faire face à de multiples obstacles dans l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive. Entre contraintes physiques, discriminations et manque d’information, leur prise en charge reste largement insuffisante, malgré des avancées enregistrées au niveau national.
Dans la province de la Tshopo, l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive demeure un défi majeur pour les femmes vivant avec handicap. Derrière les dispositifs existants, la réalité du terrain met en évidence une accumulation de contraintes qui limitent leur prise en charge et compromettent l’exercice effectif de leurs droits.
Au cœur de cette problématique persiste une double vulnérabilité : celle liée au handicap et celle liée au statut de femme. Cette situation se traduit par une marginalisation qui affecte aussi bien l’accès à l’information que l’accès aux soins.

« Les femmes vivant avec un handicap sont beaucoup plus marginalisées », explique Patience Lisisa Osangeke, coordonnatrice de l’ASBL Action des femmes handicapées pour les droits de l’homme et le développement intégral, rencontrée ce mercredi 25 mars 2026 dans son bureau situé dans la commune de Makiso, à proximité du Tribunal de paix de Makiso.
Selon elle, pendant longtemps, de nombreuses femmes concernées sont restées en marge des campagnes de sensibilisation sur la planification familiale et la santé reproductive.
« Elles étaient ignorantes de ce qui concerne la planification familiale et la santé de la reproduction », souligne-t-elle, évoquant un déficit d’information qui continue de peser sur leurs choix et leur autonomie.
À ces défis informationnels s’ajoutent des contraintes d’ordre structurel. Dans plusieurs formations sanitaires de Kisangani, les infrastructures ne sont pas adaptées aux besoins spécifiques des personnes à mobilité réduite.
« L’accessibilité de nos centres et des salles d’accouchement n’est pas vraiment appropriée aux personnes vivant avec un handicap », déplore-t-elle.
L’absence de rampes d’accès, les difficultés à atteindre les salles de maternité ou encore l’inadaptation des lits d’accouchement constituent autant d’obstacles qui compliquent le parcours de ces femmes, notamment lors des moments critiques. Au-delà des aspects matériels, des pratiques discriminatoires sont également évoquées. Dans certains cas, la prise en charge des femmes vivant avec handicap intervient tardivement.


« On préfère s’occuper d’abord des femmes valides que des femmes vivant avec un handicap », affirme-t-elle, décrivant une réalité qui renforce le sentiment d’exclusion et dissuade parfois ces femmes de recourir aux services de santé.
Les conséquences de ces multiples obstacles sont loin d’être anodines. Elles exposent les femmes concernées à des risques accrus, tant pour leur santé que pour celle de leurs enfants.
« Cela cause des naissances indésirables et même des mort-nés », alerte Patience Lisisa Osangeke. Dans certains cas, les conditions d’accouchement conduisent également à un recours fréquent à la césarienne, en raison d’un suivi insuffisant ou de contraintes physiques non prises en compte.
Malgré ces difficultés, des avancées significatives sont enregistrées au niveau national en matière de santé reproductive inclusive. En République démocratique du Congo, les Normes et Directives relatives à la santé de la mère, du nouveau-né, de l’enfant et de l’adolescent ont récemment été révisées. Le volume 6, consacré aux interventions de planification familiale, intègre désormais les besoins spécifiques des personnes vivant avec handicap, lesquelles représentent plus de 13 % de la population congolaise.
Pendant deux jours, des experts se sont réunis pour travailler sur l’intégration effective de ces besoins dans les politiques sanitaires. Les ajustements apportés concernent notamment les interventions de planification familiale, le renforcement des compétences du personnel de santé avec un accent sur la communication adaptée, l’accessibilité des infrastructures ainsi que la disponibilité d’équipements appropriés. Ces travaux, organisés par le Programme national de la santé de la reproduction, ont bénéficié de l’appui technique de Sightsavers, dans le cadre du projet WISH 2, financé par la coopération britannique. La validation officielle du document est attendue dans les prochains jours, avant sa mise en œuvre à l’échelle nationale.
Sur le terrain, certaines organisations accompagnent déjà les efforts d’inclusion. C’est notamment le cas de MSI RDC, qui appuie des initiatives de sensibilisation et facilite l’accès des personnes vivant avec handicap aux services de santé sexuelle et reproductive. Malgré ces appuis, les défis restent nombreux, notamment en ce qui concerne la vulgarisation des textes légaux et leur application effective.
« Il y a la loi, mais la vulgarisation pose problème. Beaucoup ne savent pas ce qu’elle dit », rappelle Patience Lisisa Osangeke, appelant à un engagement plus soutenu des autorités et des partenaires.
À Kisangani comme dans plusieurs territoires de la Tshopo, l’accès équitable aux services de santé reproductive pour les femmes vivant avec handicap reste encore un objectif à atteindre. Entre réformes institutionnelles et réalités du terrain, le défi de l’inclusion sanitaire demeure entier.

Journaliste|PDG du média YOKA INFOS
