Tshopo : Un dîner d’échange du GRAPFF appelle les leaders religieux à agir contre les décès maternels

À Kisangani, un dîner d’échange organisé par le GRAPFF a réuni leaders religieux, autorités et professionnels de santé autour de la prévention des décès maternels, avec un accent particulier sur la planification familiale.
Le Groupe de Réflexion et d’Action pour la Promotion des Droits de la Famille et de la Fille (GRAPFF), avec l’appui de MSI RDCongo et le soutien financier de UK aid, a organisé ce vendredi 27 mars 2026, à la salle de conférence du Centre de pastorale de la commune Makiso, un dîner d’échange réunissant des leaders religieux de la ville de Kisangani autour de la prévention des décès maternels dans la province de la Tshopo.
À travers cette initiative, les organisateurs ont voulu briser un silence encore perceptible dans certaines communautés religieuses sur les questions de santé reproductive, en particulier la planification familiale.

« Dans la plupart des cas, les églises n’en parlent pas trop sur la question de la planification familiale. Or, en faisant recours à des méthodes adaptées pour bien gérer les naissances, il y a possibilité de contribuer à la réduction des décès maternels dans notre province », a expliqué la coordonnatrice du GRAPFF, Mme Albertine Likoke Likula.
Au cœur des échanges, l’unique intervenante, la Sr Thérèse-Marie Mokaria, médecin et coordonnatrice provinciale du Programme national de santé de la reproduction (PNSR/Tshopo), a mis en lumière les principaux facteurs de risque liés à la grossesse. Elle a notamment insisté sur le concept des « quatre trop » : les grossesses trop précoces, trop tardives, trop rapprochées et trop nombreuses, qui exposent les femmes à des complications parfois mortelles.

« Une femme devrait se reposer deux ans et demi à trois ans avant de concevoir à nouveau. C’est essentiel pour sa santé et celle de l’enfant », a-t-elle recommandé.
Au-delà des aspects médicaux, la spécialiste a également interpellé les familles sur leur rôle dans l’éducation des jeunes.
« Les parents doivent cultiver les habitudes d’échanger avec leurs enfants pour leur montrer les risques d’une sexualité non responsable », a-t-elle souligné, insistant sur la nécessité d’une responsabilisation précoce pour prévenir les grossesses à risque.
Présent à cette rencontre, le ministre provincial de la Santé publique, Affaires sociales, Prévoyance sociale, Actions humanitaires, Genre, Famille et Enfants, Simon Bokongo Kawaya, a rappelé les responsabilités du gouvernement dans l’amélioration du système sanitaire.

« Le premier devoir, c’est la formation de personnels de santé de qualité. Ensuite, il y a leur motivation, ainsi que la construction et l’équipement des structures sanitaires et la disponibilité des médicaments », a-t-il déclaré.
L’autorité provinciale a également annoncé la mise en place d’infrastructures de formation sanitaire, précisant qu’un programme a financé la construction de quatre unités, dont deux à Kisangani, une à Banalia et une à Yangambi, avec à la clé des opportunités de formation pour les jeunes filles.
Du côté des leaders religieux, l’engagement à relayer ces messages au sein des communautés a été clairement exprimé. Bishop Annie Kazadi, présidente provinciale des Femmes de la Communauté Unie du Réveil et représentante légale de l’église Jésus-Christ Capable, a insisté sur l’urgence d’agir pour mettre fin aux pertes en vies humaines.

« Quoi faire pour sauver la femme qui donne vie ? Quoi faire pour sauver aussi les enfants ? », s’est-elle interrogée, appelant à une mobilisation continue.
Elle a également formulé une recommandation forte en faveur d’une sensibilisation plus précoce et plus large.
« Je regrette que le mois de la femme soit presque fini. On devait commencer au début. Partout où les femmes se rencontraient, il fallait faire ce genre d’enseignement », a-t-elle plaidé, tout en s’engageant à poursuivre cette sensibilisation dans son église.
À l’issue de cette rencontre, des recommandations ont été formulées, notamment la mise en place d’équipes de sensibilisation au sein des églises. Une dynamique déjà amorcée, selon le GRAPFF, qui prévoit d’étendre ces échanges dans plusieurs confessions religieuses dans les semaines à venir.
Ce dîner d’échange marque ainsi une étape dans l’implication des leaders religieux dans la lutte contre les décès maternels dans la Tshopo, en misant sur leur influence pour transformer les comportements et renforcer l’accès aux services de santé reproductive.

Journaliste|PDG du média YOKA INFOS
