
Dix ans après la création du Parc national de la Lomami, les tensions entre les communautés riveraines et les éco-gardes demeurent vives dans le territoire d’Opala, en province de la Tshopo. Réunie en table ronde, la société civile appelle les autorités à délimiter sans délai la zone tampon afin de réduire les conflits, protéger les populations et renforcer une gestion participative de cette aire protégée.
Dix ans après l’officialisation du Parc national de la Lomami, la coexistence entre les communautés locales et les gestionnaires de cette aire protégée reste marquée par de profondes incompréhensions. À Opala, dans la province de la Tshopo, la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC) a organisé, le 12 juillet 2026, une table ronde au cours de laquelle les participants ont dénoncé la persistance des tensions et réclamé des mesures urgentes pour restaurer un climat de confiance.
Créé par le décret présidentiel n°16/24 du 19 juillet 2016, le Parc national de la Lomami couvre une superficie de 8 879 km², dont une importante partie se situe dans le territoire d’Opala. Cette aire protégée joue un rôle majeur dans la conservation de la biodiversité en République démocratique du Congo, en abritant plusieurs espèces animales rares et menacées. Toutefois, sa gestion continue de susciter des préoccupations parmi les populations riveraines, dont les moyens de subsistance dépendent en grande partie des ressources forestières.
Au cours des échanges, les représentants de la société civile ont dressé un tableau préoccupant de la situation sécuritaire et sociale autour du parc. Ils dénoncent notamment des arrestations arbitraires, des violences physiques, des pertes en vies humaines ainsi que des destructions de biens attribuées aux affrontements entre les éco-gardes et certains habitants.

Selon la NSCC, ces incidents trouvent leur origine dans l’absence de limites clairement matérialisées entre le parc et les espaces destinés aux activités communautaires.
« L’absence de signaux visibles matérialisant la zone tampon est la racine de tous ces drames », ont alerté les participants.
Pour les organisations locales, de nombreux agriculteurs, pêcheurs et chasseurs franchissent involontairement les limites du parc faute d’une délimitation visible, ce qui alimente les conflits avec les agents chargés de la protection de l’aire conservée.
Afin de mettre fin à cette situation, la société civile, les autorités coutumières, l’administrateur du territoire d’Opala ainsi que le chef du secteur de Balinda ont formulé plusieurs recommandations. Ils plaident notamment pour une cartographie participative de la zone tampon, l’installation de bornes et de panneaux de signalisation, ainsi que le marquage physique des limites du parc.
Les participants demandent également une clarification des droits d’usage des communautés locales, afin que les activités telles que l’agriculture, la pêche, la chasse traditionnelle et l’accès aux sites sacrés puissent être exercées dans un cadre clairement défini.
Au-delà des aspects fonciers, les acteurs locaux recommandent la mise en place de projets générateurs de revenus pour réduire la dépendance économique des populations vis-à-vis des ressources du parc. Ils proposent aussi la création d’un mécanisme de gestion des plaintes destiné à favoriser le dialogue et le règlement pacifique des différends.
La société civile insiste enfin sur la nécessité d’une gouvernance plus inclusive, associant davantage les autorités coutumières et les peuples autochtones aux décisions concernant la gestion de la zone tampon.
À travers cet appel, les forces vives d’Opala invitent les autorités provinciales, le gouvernement central et les partenaires engagés dans la conservation de la nature à privilégier une approche conciliant protection de la biodiversité et respect des droits des communautés locales. Pour elles, une délimitation claire de la zone tampon constitue une étape essentielle pour prévenir de nouveaux conflits et promouvoir un développement durable bénéfique à la fois aux populations et au patrimoine naturel de la Tshopo.

Journaliste chez YOKA INFOS/Kisangani ville.