Kinshasa : Au Forum national des affaires coutumières, la Justice alerte sur la montée des conflits traditionnels

Réunis ce mercredi 03 mars 2026 au Stade Tata Raphaël, à Kinshasa, les chefs coutumiers et membres du gouvernement ont débattu des défis liés à l’autorité traditionnelle en République démocratique du Congo, lors du Forum national des affaires coutumières organisé sous le haut patronage du chef de l’État Félix Tshisekedi.
Organisé par le ministère de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, et présidé par le ministre Jacquemain Shabani Lukoo, le forum a rassemblé, dès 10 heures, des centaines de chefs coutumiers venus des différentes provinces du pays. Drapés dans leurs tenues d’apparat, symboles de leur autorité et de leur légitimité traditionnelle, ils ont pris part aux échanges consacrés à l’avenir de l’institution coutumière.
Prenant la parole autour du thème « Affaires coutumières et justice », le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a tiré la sonnette d’alarme sur la crise grandissante qui fragilise l’autorité coutumière en RDC. Selon lui, plus de 300 conflits coutumiers ont été recensés en 2025, saturant les tribunaux et alimentant des tensions majeures dans plusieurs régions du pays.
Le ministre a dénoncé des dérives clientélistes qui, a-t-il estimé, menacent l’esprit de la loi de 2015 sur le statut des chefs coutumiers. Il a plaidé pour une meilleure articulation entre la justice formelle et les mécanismes traditionnels de règlement des différends, estimant que le pouvoir coutumier ne saurait être relégué au rang de vestige du passé.
« Loin d’être un vestige du passé, le pouvoir traditionnel demeure un pilier de la cohésion sociale », a-t-il affirmé devant l’assemblée.
La question du retour des tribunaux coutumiers dans l’architecture judiciaire congolaise a également été posée. Plusieurs intervenants ont soutenu cette perspective, à l’instar du chef coutumier Kianza de Feshi, dans la province du Kwango, qui a appelé le gouvernement à leur offrir un cadre juridictionnel adapté afin de résoudre les conflits à la base et de désengorger les juridictions formelles.
D’autres préoccupations ont émergé au cours des échanges. Un chef coutumier de Lisala a notamment soulevé la question de la rémunération, affirmant que les chefs coutumiers de sa région ne perçoivent aucun salaire depuis huit ans.
« Nous travaillons pour le développement de notre communauté, mais nous n’avons pas de moyens pour subvenir à nos besoins », a-t-il déclaré.
La ministre du Genre, Famille et Enfant, Micheline Mbomba, a, pour sa part, insisté sur le rôle déterminant de la femme dans la cohésion sociale et la sécurité alimentaire, rappelant que l’autorité traditionnelle doit également intégrer la dimension de l’égalité et de la protection des droits.
Le forum, qui se poursuivra jusqu’au 05 mars 2026, devrait déboucher sur des recommandations concrètes en vue de renforcer le rôle de l’autorité coutumière, d’encadrer davantage son fonctionnement et de consolider la collaboration entre justice moderne et traditions locales dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et sociaux persistants.

Journaliste|PDG du média YOKA INFOS
