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Tshopo : Histoire d’un pouvoir sous tension, gouverneurs, assemblées et crises à répétition

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Depuis l’époque de la Grande Orientale jusqu’à la Tshopo actuelle, la province a connu des décennies de tensions politiques récurrentes entre gouverneurs et Assemblée provinciale, oscillant entre motions de défiance, destitutions et rétablissements judiciaires.

Depuis l’époque de la vaste Province Orientale jusqu’à la création de la province de la Tshopo en 2015 et au‑delà, l’histoire politique de cette région du nord‑est de la République démocratique du Congo a été marquée par des tensions institutionnelles récurrentes. Bien avant que la Tshopo n’existe comme entité administrative distincte, les rapports entre l’exécutif provincial et les représentants de la population n’ont jamais été exempts de conflits et de défis, reflétant les difficultés profondes à concilier pouvoir, responsabilité et gouvernance.

Dans l’ancienne Province Orientale, qui englobait les territoires actuels de la Tshopo, de l’Ituri, du Haut‑Uélé et du Bas‑Uélé, les gouverneurs de la fin de la dernière décennie ont connu leurs premiers affrontements sérieux avec les assemblées provinciales. Jean Bamanisa Saïdi, gouverneur de 2013 à 2015, se retrouva au centre d’une motion de défiance initiée en 2015 par des députés provinciaux furieux de ce qu’ils qualifièrent de mauvaise gestion des deniers publics, de non‑respect des procédures institutionnelles et d’un manque de collaboration avec l’Assemblée. Cette procédure, sans aboutir à sa destitution, jeta les bases d’un climat de tension durable entre le pouvoir exécutif et les élus du peuple.

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Avec la mise en œuvre du découpage territorial de 2015, la province de la Tshopo fut créée, et le premier gouverneur, Jean Tokole Ilongo, fut installé à Kisangani dans un contexte mêlé d’espoir et de défiance. Dès 2016‑2017, des voix s’élevèrent contre sa gestion, et l’Assemblée provinciale, dirigée alors par des élus déterminés à faire respecter la légalité et la transparence, le mit sous pression avec des motions de défiance motivées par des accusations de mauvaise gestion. Tokole put cependant terminer son mandat sans être déchu, mais les premières fissures institutionnelles étaient déjà visibles.

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La suite de l’histoire confirma cette dynamique. Constant Lomata, qui succéda à Tokole entre 2017 et 2019, ne fut pas confronté à une destitution, mais son passage fut entaché de tensions autour de l’exécution du budget provincial et de divergences persistantes avec l’Assemblée. Ces épisodes préparèrent le terrain pour une confrontation encore plus nette.

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En 2019, Louis‑Marie Walle Lufungula prit la tête de l’exécutif provincial. Très vite, il se trouva sous le feu des critiques de l’Assemblée provinciale, menée par des députés soucieux du respect des fonds publics et de la bonne gouvernance. Au terme d’une motion de défiance en avril 2021, Lufungula fut effectivement destitué, marquant ainsi la première mise en œuvre réussie de ce mécanisme constitutionnel dans la Tshopo moderne. Cette destitution fut saluée par certains comme une victoire de la démocratie locale, tandis que d’autres y voyaient un signe des fractures persistantes entre les institutions provinciales.

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Lorsque Madeleine Nikomba Sabangu fut élue gouverneure en 2022, la province espérait une accalmie. Sous sa direction, bien qu’elle ait opéré dans un climat politique tendu hérité des crises antérieures, aucune motion de défiance n’aboutit contre elle. Sa gouvernance fut perçue comme une période de relatif apaisement institutionnel, même si les débats sur la gestion des ressources et le respect des procédures légales restèrent d’actualité.

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L’arrivée de Paulin Lendongolia Lebabonga au poste de gouverneur en avril 2024 suscita un regain de tensions. À l’Assemblée provinciale, dirigée par Mateus Kanga Londimo, la fronde contre Lendongolia monta rapidement. En octobre 2025, une motion de défiance portée par des députés accusait le gouverneur d’incompétence, de mauvaise gestion des fonds publics et de détournements liés à des projets structurants. Le 27 octobre 2025, l’Assemblée vota sa déchéance. Contestant la légalité de la procédure, Lendongolia porta l’affaire devant la Cour constitutionnelle qui, le 26 décembre 2025, annula la décision de l’Assemblée et le rétablit dans ses fonctions, marquant un coup d’arrêt à une crise politique majeure.

L’histoire de la Tshopo, de la Grande Orientale à aujourd’hui, illustre un cycle récurrent de confrontations entre gouverneurs et Assemblée provinciale. Ces tensions démontrent que l’exercice du pouvoir provincial est un équilibre fragile, où la surveillance des institutions et le respect des procédures restent essentiels pour éviter que les conflits politiques ne paralysent le développement et la stabilité de la province.

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