Tshopo : Guy Ramy Lonia alerte sur une fracture institutionnelle autour du gouverneur mis en accusation

Au lendemain d’un télégramme du VPM de l’Intérieur convoquant le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo à Kinshasa , Guy Ramy Lonia dénonce une atteinte au fonctionnement normal des institutions et met en garde contre une crise politique évitable.
La tension politique monte dans la province de la Tshopo. En cause, un télégramme signé le 31 décembre 2025 par le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacqueman Shabani Lukoo, invitant le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, Mateus Kanga, à se rendre à Kinshasa, lundi 5 janvier 2026. Cette démarche intervient après la requête du procureur sollicitant l’autorisation d’instruction contre le gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga, mis en accusation par les élus provinciaux.
Dans un post Facebook publié ce 1er janvier 2026, Guy Ramy Lonia est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie de « fracture institutionnelle ». Selon lui, vouloir maintenir à tout prix un gouverneur rejeté à la fois par la population et par ses propres élus revient à ouvrir volontairement une crise politique, dans un contexte national déjà marqué par de fortes turbulences.
« On nous a toujours appris que les hommes passent, mais les institutions demeurent. Or aujourd’hui, le spectacle est inversé, on veut faire passer les institutions pour que certains hommes restent », écrit-il, pointant une dérive préoccupante dans la gestion des affaires publiques.
Guy Ramy Lonia s’appuie sur des chiffres qu’il juge sans appel, 18 députés provinciaux sur 29 ont voté la mise en accusation du gouverneur, 10 députés nationaux sur 16 s’opposent à sa gestion, et 7 ministres provinciaux sur 10 désapprouvent sa politique.
« Peut-on appeler cela de la stabilité ? Ou est-ce plutôt une fracture institutionnelle ? », s’interroge-t-il.
Pour lui, imposer un gouverneur désavoué n’a rien d’un acte de gouvernance responsable.
« Imposer un gouverneur rejeté, c’est semer la frustration, nourrir la colère et fragiliser davantage la cohésion locale. Ce n’est pas gouverner, c’est forcer », insiste-t-il, mettant en garde contre les conséquences sociales et politiques d’un tel passage en force.
Lonia va plus loin et questionne la logique institutionnelle actuelle avec une formule volontairement provocatrice, si un gouverneur venait à disparaître, faudrait-il attendre sa résurrection pour faire fonctionner les institutions ? Une manière de rappeler que, dans un État de droit, les institutions doivent survivre aux individus.
Sur le fond du dossier, Guy Ramy Lonia s’inquiète également du signal envoyé à l’opinion publique.
« Protéger un gouverneur mis en accusation pour détournement présumé des deniers publics au nom de la stabilité institutionnelle, est-ce encore défendre l’État ou protéger l’impunité ? La stabilité protège-t-elle aussi les détourneurs », lance-t-il.
Guy Ramy Lonia appelle à ne pas impliquer inutilement le Président de la République dans une crise provinciale mal gérée.
« Ne salissons pas inutilement l’image du Chef de l’État. Ne laissons pas croire qu’il protège des gouverneurs rejetés, contestés et accusés de mauvaise gestion », plaide-t-il, rappelant le rôle constitutionnel central des Assemblées provinciales, voix du Chef de l’État dans les territoires et relais directs des préoccupations populaires.
À travers cette sortie, Guy Ramy Lonia pose une question de fond, la stabilité institutionnelle peut-elle être durable lorsqu’elle se construit contre les institutions elles-mêmes ? Pour la Tshopo, comme pour l’ensemble du pays, l’épreuve actuelle pourrait bien servir de test décisif au respect de l’État de droit et à la primauté des institutions sur les hommes.

Journaliste|PDG du média YOKA INFOS
