RDC : Deux décennies de Constitution à l’épreuve des crises et des ambitions politiques

Le 18 février 2026 marque les 20 ans de la Constitution de la République démocratique du Congo, un texte qui a traversé les turbulences politiques et les crises sécuritaires du pays.
Promulguée le 18 février 2006, fruit du compromis de l’Accord global et inclusif de Sun City, la Constitution de la RDC visait à fonder la IIIᵉ République sur le droit et la démocratie. Adoptée après un référendum en décembre 2005, elle institua un régime semi-présidentiel, une décentralisation avancée et le verrou du mandat présidentiel limité à deux quinquennats, rompant ainsi avec des décennies de dictature et d’instabilité.
En vingt ans, ses institutions – CENI, CSAC, Cour constitutionnelle – ont tenté de s’imposer. L’alternance de 2018, avec le passage de Joseph Kabila à Félix Tshisekedi, constitue le premier grand test réussi, démontrant que la loi fondamentale pouvait survivre à ses initiateurs.
Mais le parcours n’a pas été linéaire. La réforme controversée de 2011, instaurant l’élection présidentielle au scrutin uninominal, avait déjà crispé le jeu politique. En 2025, l’évocation d’une possible révision par le président Tshisekedi a relancé le débat, alors même que la guerre dans l’Est, avec l’avancée de l’AFC-M23 vers des villes comme Goma et Bukavu, concentre l’attention sur la préservation de l’intégrité territoriale plutôt que sur les ajustements institutionnels.
Vingt ans après, le constat est partagé : la Constitution a servi de bouclier contre un retour à l’autocratie absolue, mais son application reste incomplète. Violations des libertés publiques, justice sous influence et retard dans la décentralisation rappellent que le défi n’est pas seulement de modifier le texte, mais de le faire pleinement vivre.
La question demeure ouverte, la Constitution est-elle un rempart sacré ou un outil ajustable selon les rapports de force politique ?

Journaliste chez YOKA INFOS/Kisangani ville.
