Kisangani–Beni : Le calvaire invisible des voyageurs pris dans la toile des barrières illégales

Sur l’axe Kisangani–Beni, les voyageurs dénoncent une succession de barrières illégales, des paiements forcés, des fouilles arbitraires et une route devenue impraticable. Un trajet de 600 km transformé en épreuve où l’abus semble plus fréquent que la loi.
Le trajet Kisangani–Beni est devenu un condensé de ce que vivent aujourd’hui de nombreux Congolais, une route stratégique, mal entretenue, et saturée de barrières où les voyageurs doivent payer à répétition, parfois pour les mêmes motifs. Dès le PK14, les passagers sont obligés de descendre pour s’acquitter de divers « impôts » et frais dont aucun n’est clairement défini. Les véhicules, eux, doivent verser entre 25 000 et 50 000 FC à chaque poste, un montant qui ne semble répondre à aucune tarification officielle.
Le même scénario se reproduit au PK23, présenté comme un point de contrôle plus strict, avec fouille systématique. Mais ce contrôle, loin de soulager les voyageurs, semble plutôt ouvrir la voie à une série interminable de postes successifs. À 122 km, on compte déjà trois barrières en moins d’un kilomètre : services de sécurité, police de circulation, Transcom et autres agents se succèdent, chacun réclamant sa part, entre 5 000 et 15 000 FC. Les montants varient selon l’humeur de l’agent ou selon que l’on soit connu ou pas, expliquent des habitués.
À 147 km, deux nouvelles barrières attendent les véhicules, dont une tenue par plusieurs services réunis, suivie quelques mètres plus loin par la PCR. Cette multiplication des points de contrôle étonne même les voyageurs, qui s’interrogent sur la coordination entre les services, certains donnant l’impression de contre-expertiser le travail des autres.

La situation devient encore plus préoccupante à Bafwasende. À l’entrée, les militaires fouillent systématiquement les véhicules et contestent parfois des documents pourtant valides, prétextant un impôt manquant ou une irrégularité quelconque. À cette pression s’ajoute un énorme bourbier situé en plein centre, juste après le bureau de la DGI. Les camions y restent immobilisés deux ou trois jours, aggravant les retards et les coûts de transport. À la sortie de la cité, deux nouvelles barrières attendent encore les voyageurs, dont une de la PCR, installée à part.

Avakubi n’offre pas de répit. Les services s’y succèdent, Transcom, ANR, DGM et autres contrôlent à leur tour les assurances et documents déjà vérifiés auparavant. Un péage impose ensuite 15 000 à 20 000 FC aux petits véhicules, davantage pour les camions. En arrivant à Niania, les voyageurs notent que les tracasseries persistent mais de façon moins agressive.
Le contraste apparaît véritablement en entrant dans le Nord-Kivu, à Mangina. Là, les contrôles restent présents mais sont décrits comme plus disciplinés, plus ordonnés et surtout moins oppressants. Beaucoup évoquent un réel soulagement à partir de ce point, preuve qu’une gestion plus rigoureuse est possible.
Au total, un simple billet pour parcourir les 600 kilomètres coûte environ 80 dollars, auxquels s’ajoute 1 dollar par kilo de marchandise. Ailleurs, pour une distance similaire, les voyageurs ne paieraient que 17 à 20 dollars. La différence souligne l’ampleur des coûts additionnels imposés par les tracasseries et les nombreux arrêts obligatoires.

Les témoignages recueillis traduisent une même réalité, cette route vitale ne fonctionne plus comme un corridor économique, mais comme une succession d’obstacles où chaque service cherche à prélever sa part. Pour les habitants, il ne s’agit plus seulement d’un problème routier, mais d’un système qui pèse directement sur la mobilité, le commerce et la dignité des voyageurs.
Mettre en lumière ces pratiques n’est pas un acte de confrontation, mais une nécessité pour que la voix des usagers soit entendue. La route Kisangani–Beni ne devrait pas être un parcours d’humiliation. Elle doit redevenir un espace de libre circulation, au service des citoyens, et non une source de revenus non réglementés pour ceux qui la contrôlent.

Journaliste|PDG du média YOKA INFOS
